Artiste Lászlò Moholy-Nagy
Œuvre Le Modulateur-espace-lumière
Date de création 1930
Dimension 151 x 70 x 70 cm
Média Métaux divers, plastique et bois
   
Principales caractéristiques

La sculpture le Modulateur-espace-lumière de Moholy-Nagy symbolise l'aboutissement de ses diverses expérimentations artistiques des années 1920. Cette œuvre, formée de pièces de métal, de plastique et de bois, est constituée d'une variété de surfaces mates et lustrées. Un plan circulaire est divisé en trois sections égales, détenant chacune différents mécanismes, servant à élever des disques, faire tourner une spirale en verre et déplacer des drapeaux de métal. Tout l'ensemble effectue une rotation à toutes les quarante secondes et un ensemble de 116 lampes colorées de couleurs primaires et de rouge, bleu, vert et blanc est projeté sur la surface. Cette sculpture donne forme et mouvement à la lumière projetée sur les différentes surfaces.

Moholy-Nagy fait la conception de cette première œuvre cinétique en 1922, mais ne la produit qu'en 1930, avec l'aide de l'ingénieur Stefan Sebök. Le Modulateur-espace-lumière devient le sujet abstrait d'un de ses films Jeu de lumière: noir-blanc-gris en 1930. L'artiste désignait sa sculpture comme la description de la transparence en action.

Situation dans l’œuvre de l’artiste Comme mentionné précédemment, la sculpture Modulateur-espace-lumière est déterminante dans le travail de Moholy-Nagy. Elle est la symbiose de plusieurs préoccupations, tant plastiques que théoriques. En effet, les formes géométriques prédominantes dans cette œuvre sont typiques du travail de Lászlò, qui privilégie les constructions empruntées à l'abstraction géométrique russe. La transparence et le mouvement sont aussi des préoccupations essentielles de Moholy-Nagy. Il cherche à briser le côté statique présent dans de nombreuses créations. De plus, l'artiste privilégie l'interpénétration de divers médias artistiques, ce que le Modulateur-espace-lumière représente bien. Comme plusieurs artistes de cette époque, les progrès technologiques représentent pour lui une source d'inspiration. Il cherche à représenter des modèles à tendance industrielle, ce pour quoi il utilise des matières réfléchissant la lumière, telles que le métal, le plastique ou le verre.

Une autre grande préoccupation de l'artiste était la relation entre le public et l'artiste. Le Modulateur-espace-lumière n'est qu'une amorce dans ce sens, puisque l'attention du spectateur est captée par le mouvement, le jeu de lumière, mais celui-ci n'a aucun contrôle sur les mouvements qu'effectue la construction. Plus tard, il poussera cette idée en créant des sculptures mobiles, où le spectateur sera invité à participer à l’œuvre, en modifiant des éléments tels que la vitesse de rotation de la sculpture.

De plus, l'artiste questionne profondément le concept de création, et cherche à lier l'art aux nouvelles méthodes de productivité de l'industrie. Il illustre cette théorie par ses tableaux téléphoniques, qui ont été commandés par téléphone à une usine d'enseignes. Cette œuvre pousse à l'extrême cette notion de détachement émotif entre l'artiste et son travail, tel que le ferait une machine. L'aspect social de l'activité artistique occupe une place très importante dans le travail de Moholy-Nagy. Il a écrit deux articles qui en témoignent : « Kunstbetrachtung=Weltbetrachtung » (Contemplation artistique = contemplation du monde), en 1925, et « The Contribution of the Arts to Social Reconstruction » (la contribution des arts à la reconstruction sociale) en 1943 1. La plupart de ses expérimentations tenteront donc d'illustrer cette relation privilégiée entre le public, l'artiste et œuvre.
Situation dans son contexte Par son effervescence artistique, le début du siècle est riche en liens avec la situation socio-politique très mouvementée. La peinture et la littérature d'avant-garde ont émergé à Budapest après la Première Guerre Mondiale, en même temps que le mouvement Activiste, développé par Lajos Kassák. Moholy-Nagy participe à la fondation de la revue MA (Aujourd'hui), un support pour le développement d'un art universel, propre à l'idéal communiste. Cette expérience lui sert à développer ses préoccupations artistiques ainsi que sa vision du monde. Il est influencé par de nombreux artistes et mouvements artistiques, entre autres le dadaïsme et le constructivisme. Il découvre aussi un grand intérêt pour les technologies industrielles, qui seront propices à de nombreuses expérimentations. En 1923, Walter Gropius l'invite à enseigner au Bauhaus de Weimar. En 1928, il accepte de diriger le New Bauhaus de Chicago, cette école qui a marqué l'enseignement de l'art, de l'architecture et du design au 20e siècle.
Incidences Moholy-Nagy est un artiste dominant du début du 20e siècle. Aujourd'hui encore, son influence est palpable dans différents domaines artistiques. Comme plusieurs artistes de son époque, il effectuait ses expérimentations avec divers médias. De nombreux artistes ont été influencés par son travail, tant plastique que théorique. Ses découvertes majeures ont été faites à travers :

— ses photogrammes,
— ses fameux tableaux téléphoniques, qui sont en fait les précurseurs de l'art informatique, parce qu'effectués à partir de la trame,
— ses sculptures cinétiques, ainsi que ses livres, dont Vision in Motion, en 1947, qui a éclairé la sensibilité visuelle du 20e siècle, et ses films.

Le monde du graphisme lui doit beaucoup, ainsi que ses nombreux legs en pédagogie.
 

1 Alain FINDELI, Le Bauhaus de Chicago: Œuvre pédagogique de Lászlò Moholy-Nagy, Editions du Septentrion, Québec, 1995, p.229.

Bibliographie CUMMINGS, Paul, Richard KOSTELANETZ. Moholy-Nagy: Documentary Monographs in Modern Art, Praeger Publishers, New York, 1970, 238 p.

Encyclopaedia Universalis, France, 2003.

FER, Briony, et al. Realism, Rationalism, Surrealism: Art between the Wars, Yale University Press, New Haven & London, 1993, 342 p.

FINDELI, Alain. Le Bauhaus de Chicago: Œuvre pédagogique de Lászlò Moholy-Nagy, Éditions du Septentrion, Québec, 1995, 465 p.

MOHOLY-NAGY, Lászlò. L. Moholy-Nagy, Institute of Contemporary Arts, London, Arts Council of Great Britain, 1980, 63 p.

MOHOLY-NAGY, Lászlò Terry SUHRE. Moholy-Nagy: a New Vision for Chicago, Illinois State Museum, State of Illinois Gallery, 1990, 127 p.

MOHOLY-NAGY, Sibyl. Moholy-Nagy: Experiment in Totality, Harper & Brothers Publishers, United States of America, 1950, 253 p.
Commentaire
Anne Painchaud-Ouellet
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