Artiste Maurice Vlaminck
Œuvre La Partie de campagne
Date de création 1905
Dimension  
Média Huile sur toile
   
Principales caractéristiques

Cette huile sur toile de 1905 montre une utilisation très poussée de la couleur : le tourbillon de couleurs saturées et variées qui entoure les deux personnages situés au centre, de même que les longues touches mouvantes qu’il constitue, soulignent avec force et vitalité la richesse du paysage. En effet, Vlaminck a opté pour une palette de couleurs primaires très saturée : le jaune, le rouge, le bleu, ainsi que le vert et l’orangé forment une variété impressionnante de tons. L’imposante utilisation de jaune clair rend l’œuvre davantage gaie, vivante, rayonnante. De plus, les touches rapides et circulaires du peintre créent une impression de mouvement, de violence, telle la force du vent, de la nature. Notons également le trait bleu qui contourne les deux personnages, qui délimite les couleurs entre elles. Bref, cette œuvre se caractérise par une explosion de couleurs vives et par le mouvement que forment ces touches.


Situation dans l’œuvre de l’artiste

C’est pendant sa période fauve (1904-1907), période suivant celle où, hésitant, il se cherchait un style, que Vlaminck a conçu La Partie de campagne (1905). En fait, c’est lorsqu’il fait la rencontre de la peinture de Van Gogh, en 1901, à la Galerie Bernheim-Jeune, qu’il a véritablement le coup de foudre pour le style du peintre hollandais. En effet, après avoir visité les œuvres de Van Gogh, le peintre en devenir s’est exclamé, en parlant de son idole : « Je l’aime mieux que mon père et ma mère! » . C’est cette utilisation de couleurs saturées et lumineuses, qui sont souvent en contraste avec l’expression dramatique d’un paysage, qui a fait craquer Vlaminck. Peindre, autant pour Vlamink que pour Van Gogh, constitue une révolte contre le destin : c’est pour le fuir, le nier, se substituer à ses contraintes écrasantes que Vlaminck se livrera aux joies de la couleur. En effet, cette révolte, voire même cette violence, sera largement illustrée dans La Partie de campagne, où le contraste frappant des couleurs et le trait rapide et fonceur du pinceau prennent une place prédominante. Cette œuvre témoigne donc à la fois de l’influence de Van Gogh, par le mouvement circulaire et agité des longues touches de couleurs vives, et du « pur Fauvisme », dans le fait que les deux personnages sont peints en larges aplats de couleurs que délimitent, à la manière rapide d’une esquisse, un trait bleu. Deux ans après la réalisation de cette œuvre, soit en 1907, commencera la période cézannienne de Vlaminck, période qui ne durera que trois ans. De 1911 à 1927, la personnalité du peintre s’affirmera davantage dans ses toiles, mettant ainsi de côté toute forme d’influence extérieure. Puis, de 1927 jusqu’à la fin de sa vie (1958), il se livrera à un style encore plus personnel que le précédent, style qui se rapproche du lyrisme.

 

Situation dans son contexte

Le 18 octobre 1905, au Grand palais des Champs-Élysées, a lieu la 3e exposition de la Société du Salon d’automne. Fondée par Frantz Jourdain et présidée par Eugène Carrière et Auguste Renoir, deux des peintres les plus influents de la seconde moitié du XIXe siècle, cette exposition regroupe les œuvres de jeunes artistes tels que Charles Camoin, Henri Matisse, Henri Manguin, Albert Marquet, André Derain et, bien entendu, Maurice de Vlaminck. Ces oeuvres, dont l’utilisation agressive de couleurs vives éclatées par taches ou posées en aplats, forment un tel contraste avec le buste féminin en marbre de facture traditionnelle et le torse d'enfant en bronze du sculpteur Albert Marquet, placés au centre de la pièce, qu’un critique s’exclame : « C’est Donatello chez les fauves! » 1. Dès ce moment, on désigne « fauves » ce petit groupe de peintres qui accordent à la couleur et à l’utilisation de la lumière une place primordiale dans leurs œuvres. Ce mouvement, en révolte contre la méthode physique, voire mécanique du divisionnisme des néo-impressionnistes, vise à exprimer ses sentiments en utilisant des couleurs très saturées qui ne correspondent pas nécessairement aux sujets qu’elles sont censées représenter. Maurice de Vlaminck est, sans aucun doute, l’un des fauves les plus importants, puisqu’il est à l’origine de ce mouvement artistique et que son œuvre La Partie de Campagne (1905), témoigne d’une abondante et violente utilisation de couleurs saturées de jaune et de rouge saturés pour illustrer le bonheur, la joie de vivre, ce qui est très caractéristique chez les fauves.

 

Incidences

Maurice de Vlaminck est sans aucun doute l’un des peintres les plus contestataires de son époque, puisqu’il a toujours refusé de se soumettre aux principes de toute école. Cette anarchie est à la source même de sa passion pour les couleurs fortes, dérangeantes qui apportent à une œuvre comme La Partie de campagne une certaine violence dans un climat paisible. Au printemps 2003, quelques-unes des œuvres de Vlaminck ont été présentées au Musée des Beaux-Arts de Montréal lors de l’exposition L’Invitation au voyage. Comme quoi, le fauvisme, qui n’était destiné à être qu’une transition entre l’impressionnisme et le cubisme, trouve des adeptes encore aujourd’hui…

 

 

1 Cité par Maurice de Vlaminck dans son recueil Portraits avant décès, publié en 1943.


Bibliographie READ, Herbert. Histoire de la peinture moderne, Paris, Arted Éditions d’Art, 1985, 400 pages.

FERRIER, Jean-Louis. Les Fauves : le règne de la couleur, Paris, Éditions pierre Terrail, 1992, 223 pages.

Histoire universelle de l’art, Paris, Éditions Solar, 1988, 640 pages.

SELZ, Jean. Vlaminck, Paris, Librairie Flammarion, 1975, 96 pages.


Commentaire

Joëlle Bernard

 

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